Le lait artificiel, une question de marketing?

Alors, dans cet article, je m’autocensure. Il y a plein de marques que je voudrais citer, mais je ne peux pas. Alors je vais toutes les mettre dans le même panier et les appeler les firmes pharmaceutiques alias les « Firmes ». Comme ça, ça fait plus tragique, on a envie d’aller s’acheter le dernier John Grisham, on s’inquiète pour Tom Cruise. Tout ça.

Mauvaise cible

Tu commences à t’y habituer, je vais te dire que les guerrières se trompent de cible.

Aller, je te la refais in extenso. Les extrémistes du sein condamnent les biberonnantes. En faisant cela, elles créent les extrémistes du deuxième camp. Les pro-LM disent : « Les composants de votre LA, c’est trop de la merde. » Les attaquées répondent : « Les bienfaits de votre LM, c’est un mythe. Une jolie fable, d’un autre temps, d’un autre peuple. »

Le lait artificiel

Mais, les allaitantes… « se trompent de cible. C’est bon. Merci, j’ai compris. Ce qu’elles reprochent aux autres mamans, elles devraient le reprocher à tes ‘firmes’. C’est ça ? » T’as tout deviné. C’est la faute aux « firmes » qui vendent le LA et surtout qui le promeuvent.

Les « firmes », via la pub, font du LA autre chose que ce qu’il devrait se contenter d’être. Une solution de repli.

Ces « firmes » font de magnifiques publicités avec des mamans diaphanes et laiteuses donnant leur sein diaphane et laiteux à des bébés diaphanes et laiteux. Dans de magnifiques canapés immaculés et diaphanes et laiteux. Ou dans des fauteuils en rotin qui pendent aux arbres parmi des herbes hautes, sauvages mais belles, sous un soleil diaphane et laiteux avec une rivière aux charmants reflets diaphanes et laiteux un peu plus loin. Et la maman dit : « Je t’ai donné le meilleur, mon sein, je continue à te donner le meilleur, un bibi avec du LA dedans, mais le plus diaphane et laiteux que j’aie trouvé. » La nature, le sein, la pureté. Mensonges, mensonges, mensonges.

Les « firmes » sont anti-allaitement. Il est logique de penser qu’elles n’ont pas intérêt à ce que l’allaitement reprenne du terrain. Ça serait la fin de leur business. Mais elles ne rechignent pas à exploiter le halo positif d’un bébé au sein pour la promotion de leurs produits commerciaux.

Penses-y.

Un produit de la pub

Le lait artificiel

Ne vas pas croire que j’ai un problème avec le LA, en soi. J’ai un problème avec le système publicitaire qui l’entoure. Parce qu’il ment. Il le prétend mais le LA n’est pas le meilleur choix. Il ne vaut pas le LM. Il n’est pas naturel. Il n’est pas une suite logique. Pas un passage obligé.

Le LA est un produit marketing. Il a été inventé. Il fait partie de ces produits créés pour que l’acheteur croie en avoir besoin.

Je pense aussi qu’on ne devrait aller à la pharmacie qu’en cas de problème. N’utiliser les produits vendus par les firmes pharmaceutiques qu’en cas de soucis médical.

Demande-toi aussi (j’en remets une couche sur la société) : pourquoi cette société, qui est la tienne, dépense plus d’argent et d’énergie à développer maintes formules de LA plutôt qu’à faire des recherches sur l’allaitement et le LM, qui sauve des vies et pourrait – peut-être – en sauver plus ?

Pourquoi notre société est-elle biberonnante ?

Pourquoi la population a-t-elle accepté l’idée que le LA est une alternative logique, saine, sans problème ni conséquence ? Alors même qu’il est prouvé qu’aucune préparation ne peut égaler le LM.

Les « firmes » sont-elles si convaincantes ? Sommes-nous si naïfs ?

C’est une preuve, parmi d’autres, que notre société fait primer l’économie sur la santé. Gros conflit d’intérêts, non ?

Deux petits exemples, deux petites choses que je mets ici, juste comme ça:

  1. Tu te souviens de cette période de flou autour du Bisphénol A. Cette période où tous les bib « empoisonnés » ont été soldés… et vendus. Avant qu’ils ne soient interdits.

Pas rassurant, hein ?

  1. Tu te prives un max au niveau des produits sucrés, non ? Peut-être serais-tu moins attirée par ces produits s’il n’y avait pas eu tant de sucre dans tes bibis de bébé. Non ?

O.K. Je m’autosurprends à verser un peu dans l’extrémisme, là. Désolée.

N’empêche, il y a des sucres ajoutés dans tous les LA… O.K., parfois il est marqué « sans sucres ajouté » sur l’affiche, mais l’expression est suivie d’un astérisque, toujours.

Quand même, c’est pas hygiénique. Ils ne sont pas stériles tes seins.
Quand même, c’est pas hygiénique.
Ils ne sont pas stériles tes seins.

Nord/Sud

Dans les années 70, une de ces « firmes » a offert des boîtes de lait en poudre dans plusieurs pays africains. Genre, beaucoup. On peut y voir un geste généreux… ou commercial. Sauf que c’est aussi un geste meurtrier. Ce sont des pays où il est criminel d’inciter à cesser l’allaitement. La technique du biberon demande une hygiène européenne. Il s’agit de lieux où l’accès à l’eau potable n’est jamais garanti.

Toujours de ce côté-là de l’Équateur mais de l’autre côté de l’Atlantique et aujourd’hui. Le Chili. Les campagnes chiliennes. Chez les bébés bib, durant les trois premiers mois de vie, la mortalité y est trois fois plus élevée que chez les bébés néné. Comme souvent, dans ces pays en voie de développement, progression du bib signifie augmentation des affections gastriques et intestinales. Souvent mortelles. Ces chiffres sont évidemment connus des « firmes » qui, néanmoins, poursuivent leurs campagnes.

LA ≠ LM mais pas de diabolisation

Le lait artificiel
Le lait artificiel

LA et LM sont très différents. Le LA apporte les nutriments indispensables mais il n’est pas une reconstitution du LM. C’est un substitut. Un breuvage conçu à partir de lait de vache qui assure en partie les mêmes besoins nutritifs. Le seul point commun entre les deux, c’est le lactose. Mais les protéines du lait de vache sont différentes des protéines humaines. Elles sont responsables de toutes ces allergies qui obligent les parents bib à essayer tous les laits disponibles sur le marché.

Bon, je sais. Le LA sauve aussi certaines situations. Il n’est pas toxique. Il nourrit. Les bébés LA (ici) vont bien.

LA<LM. Mais la qualité du lait n’est pas le seul facteur à prendre en compte. Douleurs liées à l’allaitement, fatigue, reprise du travail… Le LM, globalement, n’est pas toujours la meilleure solution. La solution « allaitement » est seulement celle qui facilite et améliore la santé et la relation mère-enfant.

Le « lait de suite » : du nouveau dans les rayons de votre pharmacie

Arrêtons-nous quelque peu sur le « lait de suite », aussi appelé « lait de croissance » ou « lait 3e âge ».

Trois « âges »

Lait 1er âge : celui-là est structurellement et légalement défini. Il convient à l’allaitement au bib de la naissance jusqu’aux quatre ou six mois de l’enfant… quand l’allaitement au sein n’est pas souhaité ou pas possible.

Lait 2e âge : le même que le précédent mais plus calorique. Il convient jusqu’à douze mois, en accompagnement de la diversification alimentaire.

Lait 3e âge : recommandé de un à trois ans. Par qui ? Par les nutritionnistes de la Société Française de Pédiatrie et par ceux de l’Association Française de Pédiatrie Ambulatoire… tous sponsorisés par les « firmes ». Absolument pas régi par une directive européenne, contrairement aux deux premiers.

Ce « lait de suite » est un LA. Du lait de vache trituré pour correspondre aux besoins nutritionnels reconnus aux bambins de un à trois ans. En rayon, tu trouveras des formules adaptées aux coliques, ou autres problèmes de transit, pour la satiété, pour le confort, des hypoallergéniques. Marketing ? Marketing, marketing. Marketing !

Il existe une centaine de formules différentes et cela ne se justifie pas scientifiquement. Mais les parents croient en l’impression médicale et sérieuse qui se dégage du truc. Ils choisissent le nom qui correspond le mieux à la « pathologie » de leur petit. Alors ils achètent ce truc toutes les semaines pendant deux ans.

Leur petit veut du lait, soit, c’est sain. Mais, tant qu’à faire, pourquoi pas une brique de demi-écrémé ?

Quelle différence entre lait de vache et « lait de croissance » ?

Les besoins en calcium sont recouverts par les deux. L’apport calorique et en lipides sont quasi les mêmes.

Où est la différence alors ? Le coût. Du simple au double, voire au triple, pour le « lait de suite » en brique. Mais bon, ce n’est pas très grave, les parents bib ont l’habitude de casquer pour le lait.

Sauf que dans ce « lait de croissance », on ajoute du fer. Fer qui peut être apporté par d’autres choses dans une alimentation diversifiée. Et le fer ce n’est pas bon. Je veux dire, ça n’a pas bon goût. Alors, les « firmes » ajoutent de l’arôme « vanille ». Et la manœuvre rend beaucoup plus compliqué le passage du « lait de suite » au lait de vache. Vaches qui, inadaptées sociales qu’elles sont, ne broutent que rarement de la vanille. L’arôme ouvre un peu trop le goût du bambin à la vanille et aux produits sucrés.

Que dire d’autre ? L’OMS ne recommande pas ces laits de suite prétendument indispensables. L’OMS les décrit comme inutiles et inaptes à remplacer le LM. Qui lui est recommandé, pour rappel, jusqu’à, au moins, deux ans. L’OMS va même plus loin : l’OMS souligne la responsabilité des « firmes »qui font croire, par leur science du marketing, que leurs produits sont aptes à remplacer le LM.

L’Unicef d’acquiescer : les laits vendus « pour les plus de douze mois ne sont pas supérieurs au lait de vache ».

Tout ça pour te dire que dépenser ton fric pour du lait « 3e âge » c’est ballot. Ridicule surtout pour les enfants bien portants. Les bénéfices de ces laits ? Innombrables pour les producteurs, nuls pour les consommateurs.