Liste complète des questions et réflexions débiles, pendant la grossesse puis lors de l’allaitement

L’image que les lambda se font de l’allaitement est globalement biaisée. Donc les questions et réflexions débiles, pendant la grossesse puis lors de l’allaitement – au sein ou au bib –, sont légion. Il faut s’y préparer, s’armer. Échafauder ses réponses, arrêter ses avis.

Je ne vais pas te dire quoi penser de ces questions et remarques, ni même quoi répondre. Je vais juste t’énoncer les plus courantes et te donner quelques pistes. À toi de voir ensuite, ce que tu répondras… ou si tu répondras.

Il est à remarquer que ces phrases désagréables viennent souvent de la génération qui nous précède -voire celle de tes grands-parents si tu es plus jeune-, les enfants du baby-boom. Ceux qui ont eu des enfants du temps où le LA c’était Superman, du temps de la mésinformation généralisée.

Les questions vont souvent te paraître agressives. Sans doute, parfois ou souvent, ces questions seront juste des questions. D’autres seront vraiment là pour faire mal ou pour t’influencer. L’allaitement reste un mystère effrayant, déconcertant ou dégoûtant pour le grand nombre. Il faut se résoudre à l’indulgence.

Accroche-toi, c’est parti.

« L’allaitement ça abîme les seins. »

L’allaitement ça abîme les seins
L’allaitement ça abîme les seins

Je vais me référer à ce qu’en dit la plasticienne Monique Brossard-Le Grand.

C’est la grossesse, surtout, qui fait souffrir les seins. Ce n’est pas l’allaitement qui « abîme » tes poires, tes pommes ou tes mandarines, mais la poussée mammaire des deux premiers mois de grossesse. Le galbe de la glande peut alors être modifié. Parfois, au contraire, les seins sont plus beaux après une maternité. C’est surtout vrai pour les seins les plus petits. Quoi qu’il en soit, du fait du ballet des hormones, les seins ne sont jamais si beaux que lors des premiers mois de grossesse.

Petit conseil tant que j’y pense : à la minute où tu sais que tu es enceinte, tu vas chez ton pharmacien et tu lui dis de remplir le plus gros bidon possible d’huile d’amande douce. Deux fois par jour tu t’en tartines, du cou jusqu’au-dessous des genoux, en insistant sur le ventre et les seins. « C’est dégueu ! » C’est dégueu mais si tu ne le fais pas tu le regretteras toute ta vie. Les crèmes sont chères et moins efficaces.

Je pousse le conseil un peu plus loin ? J’ose sortir un peu du sujet ? Allez, j’y vais. (Si tu ne le sens pas, passe direct au paragraphe suivant, no problemo.) Un mois avant ton terme, tu utilises ton huile d’amande douce sur une autre zone. Comment dire ça élégamment ? La zone qui va devoir « s’élargir » pour laisser passer bébé. « Beurk ! Argh ! M’enfin ! » Je suis d’accord, mais moi pas avoir eu épisio ! « Épiquoi ? » Euh, non rien. Ne fais pas attention, j’ai rien dit.

« L’allaitement, c’est toutes les quatre heures pendant six mois / trois mois / deux mois. »

 L’allaitement, c’est toutes les quatre heures pendant six mois / trois mois / deux mois.
L’allaitement, c’est toutes les quatre heures pendant six mois / trois mois / deux mois.

Euh. Non. Il est d’ailleurs illusoire de croire que l’on peut instaurer un rythme sur la longueur. Le lait de femme est riche mais moins que celui de la plupart des mammifères. Le lait est plus ou moins riche d’une femme à l’autre. Le bébé doit être mis fréquemment au sein. Il faut s’inventer un rythme ou un non-rythme qui sera propre et conviendra à maman, à ses seins et à bébé. Puis l’adapter, encore et encore.

Le rythme inventé ne sera pas forcément transposable pour bb2.

Petites infos à placer pour détourner l’attention si les questions deviennent embarrassantes : la lapine nourrit son petit une fois par jour. Le souriceau tête toute la journée sans discontinuité. Maman zébu laisse à bébé zébu l’occasion de faire ce qui lui chante. En moyenne, une Européenne met bébé au sein huit fois par jour, la Bochimane jusqu’à quatre-vingts fois.

« Tes seins sont trop petits, tu n’auras pas assez de lait. »

Tes seins sont trop petits, tu n’auras pas assez de lait.
Tes seins sont trop petits, tu n’auras pas assez de lait.

Il n’y a aucun rapport entre la taille des seins et la production de lait. Techniquement, il serait possible de faire produire du lait à un homme maigrichon (avec un traitement spécifique) puisque même les mâles sont pourvus de glandes mammaires. Quiconque possède des glandes mammaires peut produire du lait. On ne le dira jamais assez, la taille ne compte pas… chez les femmes du moins.

« Moi, l’allaitement, je ne peux pas, ça fait trop ‘vache à lait’. »

Chacun perçoit son corps à sa guise. Pour moi, l’expression ne veut rien dire. Mais tu vas l’entendre.

« Mais tu ne peux pas voir la quantité qu’il prend, là. Comment sais-tu qu’il assez ? »

On ne voit pas ce qui rentre mais on voit ce qui sort. Des couches gorgées de pipi toute la journée, c’est que tout va bien. Un bébé qui rigole, qui a une belle peau, un bébé curieux. Ce sont les signes qui indiquent aux allaitantes que bébé « prend bien ». Un bébé bizarrement ronchon, qui dort trop, qui passe une journée sans sourire, voilà ce qui inquiète une maman.

Ce sont des choses qui touchent à l’instinct. Des choses que l’on sait, sans savoir comment. Il faut se faire confiance.

« Quand même, c’est pas hygiénique.
Ils ne sont pas stériles tes seins. »

Quand même, c’est pas hygiénique. Ils ne sont pas stériles tes seins.
Quand même, c’est pas hygiénique.
Ils ne sont pas stériles tes seins.

Peut-être, ici, serait-il judicieux de rappeler, qu’au départ, l’allaitement – comme l’alimentation en général – n’a rien de médical… Évidemment le LA, lui, est vendu en pharmacie et les biberons doivent être stérilisés, ce qui porte à confusion.

Encore une fois on ne peut rien comprendre à l’allaitement aux nichons si on le regarde à travers le prisme de l’alimentation artificielle.

« Si tu l’allaites, il va faire ses nuits tard. » ou « S’il ne fait pas ses nuits, c’est à cause de l’allaitement. »

Ce n’est pas forcément vrai. D’autre part, l’expression « faire ses nuits » n’a pas de réel sens. Il est un fait que bébé au sein et bébé au bib dorment différemment. Même si un bébé qui dort huit heures d’affilée à deux semaines de vie, c’est top pour le sommeil des parents, ce n’est pas forcément génial à tous points de vue : en début de vie, des prises de nourriture la nuit peuvent être nécessaires pour une croissance harmonieuse. Un sommeil profond prolongé dans la première année de vie peut augmenter les risques de mort subite.

« C’est juste une façon de virer le papa. »

J’ai un peu envie de dire, chacun son job. Mais beaucoup ne vont pas être d’accord.

On en reparle bientôt, papa va avoir droit à tout un chapitre…

« Tu vas être trop fusionnelle. »

 Tu vas être trop fusionnelle. 
Tu vas être trop fusionnelle.

Une fusion entre bébé et maman en début de vie est normale et nécessaire à l’épanouissement des deux parties. Le tout effectivement étant de ne pas l’être « trop ». Dans l’hypothèse où il y a un papa qui se balade par-là, les choses se régulent, a priori, naturellement.

« Il est constamment collé à toi cet enfant. »

Un bébé allaité est beaucoup au sein. Et le sein est pas mal « collé » à maman donc oui, il est constamment collé à toi. Mais si ça ne dérange ni maman ni bébé, les autres, on s’en f…

« L’allaitement, après trois mois, c’est pervers et incestueux. »

Alors là, non, non, non. Hein. Il n’y a rien de pervers, ni de malsain dans l’allaitement. Favoriser de telles idées c’est vraiment problématique.

Moi aussi, par ici, je me pose une question. Pourquoi trouver des excuses pour un enfant de quatre ou cinq ans qui prend un bibi pour se mettre in the mood for aller faire dodo. Alors qu’un gosse de trois ans qui tète pour se rassurer et se préparer à l’abandon qu’est le sommeil c’est de l’inceste ? Le sein n’est pas que sexuel, il n’est pas d’abord sexuel. Il n’est pas sexuel pour un enfant de cet âge. Point.

« L’allaitement c’est ‘un esclavage’ ou ‘un asservissement’ ou ‘un retour en arrière’. »

Allaiter c’est un don de soi, cela relève du volontariat, ça n’a donc rien à voir avec l’esclavage.

Par contre, oui, les six premiers mois, ça ressemble pas mal à un temps plein. À partir de là, c’est un réel « choix de vie » très impliquant, qui peut paraître d’un autre temps. Chacun sa vie.

« C’est chiant. »

Ou merveilleux. C’est selon.

« Tu vas plus faire la fête, alors ? »

A priori, les premières années de vie d’un bébé – au sein ou au bib – ne sont pas les plus « musique techno » des parents. Pour ceux qui voient ça comme un sacrifice, les tire-lait et les mamies, ça existe.

« Et l’alcool ? »

Les meilleurs conseils d'alimentation de femme enceinte
Les meilleurs conseils d’alimentation de femme enceinte

L’allaitement, en gros, c’est sans alcool. Les mamans hyper en manque, à l’occasion, peuvent boire un verre, tirer le lait « souillé » et remplacer la tétée par un bibi de lait préalablement tiré voire par un bib de LA.

Tu le vois, il y a toujours moyen de composer, pour ne pas se sentir « enfermée » ou « privée de tout ».

« Et la cigarette ? »

Une maman allaitante qui ne fume pas c’est mieux. Mais à choisir entre du lait de maman fumeuse et du lait de vache non fumeuse, la science dit que le lait de maman reste le meilleur.

« C’est fatigant, non ? »

Un bébé c’est fatigant, oui. Le papa du bébé allaité peut consacrer le temps qu’il aurait passé à donner un biberon à donner le bain ou à faire la vaisselle. Ça soulagera tout autant sa chérie.

« Ça fait mal ! »

Ça fait mal !
Ça fait mal !

Je l’ai déjà dit, oui, pour diverses raisons, ça peut faire mal. Pour chaque raison, il existe des solutions. C’est donc toujours temporaire.

« Et pour ta reprise du travail ? »

Plein de réponses possibles. Il existe des congés parentaux voire des « pauses-carrière » pour celles qui le peuvent. Il existe aussi des dispositions légales pour avoir des « pauses d’allaitement » durant la journée de travail, passées avec bébé ou avec tire-lait.

Si rien de cela n’est possible, que la reprise est la priorité, il faut parfois passer par la case « sevrage ». Il existe des tonnes de témoignages « poursuite de l’allaitement à la reprise du travail » sur le net. Des milliers de conseils pratiques à la clef.

« Quand on allaite, on est obligée d’avaler un tas de trucs dégueu, de faire des tas de trucs dégueu. »

Allaiter ça implique de boire des litres de flotte. Ça c’est clair. Parfois aussi de la tisane, du fenouil. Voire du Galactomachin, un complément alimentaire prévu pour augmenter la production lactée. Alors généralement les mamans n’aiment pas trop ça, le Galactomachin. Moi, j’aime bien le très sucré, donc la cuillère de granulés vanillés me faisait plus penser à une « pose bonbon ».

Idem pour les tests de glycémie durant la grossesse. Le truc qu’ils nous font boire et qui a tendance à écœurer voire faire vomir les autres « gros ventre », moi, j’aimais plutôt ça.

Donc je ne suis pas une référence en cette matière.

« Jusque quand c’est nourrissant le LM ? » / « Au bout d’un moment tu n’auras plus assez de lait. » / « Il est bon ton lait ? » / « Il est encore nourrissant/suffisant ? » / « Il est pas trop clair ? » / « Enfin, tu le vois bien qu’il ne mange pas assez, il y reste des heures et juste après il réclame encore. » / « Tu le ferais pas analyser ton lait ? » / « Tu l’empoisonnes pas, t’es sûre ? »

Le LM est adapté au bébé puis au petit enfant. Il est adapté donc bon, nourrissant, juste ce qu’il faut ; clair, n’est pas du poison, ne peut pas être mieux analysé que par bébé.

L’OMS recommande un allaitement jusqu’au moins deux ans. Si bébé est suffisamment au sein, le lait ne se tarit pas.

Un bébé au sein n’est pas forcément un bébé qui se nourrit, c’est aussi un bébé qui communique avec sa mère, se rassure au sein. Et, s’il y a des personnes hostiles dans la pièce, il réclamera plus, c’est logique et très sain.

« Sois raisonnable, achète quand même un biberon. » / « Tu devrais pas acheter une boîte de LA, au cas où tu aurais un problème, ça arrive toujours quand les pharmacies sont fermées, tu sais ? »

Je ne pense pas qu’il soit utile d’avoir du LA et des biberons « au cas où ». Par contre, ça peut t’éviter beaucoup de discutions inutiles avec des cons, donc, à voir.

Tu peux même jouer leur jeu : « Eh bien, la prochaine fois que tu viens, tu m’amènes tout ça, il existe même des bouquets de biberons à offrir, très jolis. » Au moins ainsi, ça ne sera pas toi qui feras la dépense inutile.

« Vous êtes sûre de pas vouloir essayer un bib, juste pour voir ? »

Vous êtes sûre de pas vouloir essayer un bib, juste pour voir ?

Non, merci. Les cheveux verts, je n’essayerai pas non plus « juste pour voir ». Mais merci. Bisous.

Ps : un bib « juste pour voir », ça veut dire une tétée sautée, ça veut dire une mauvaise information donnée au sein (« tiens, bébé tète moins », se dit le sein, « je vais produire moins alors. »). Le sein produit moins, puis trop peu, on introduit plus de bibis, encore moins de production. Etc. This is the end.

« Il grossit pas ! » ou « Il est trop gros ! »

Celle-là, les biberonnantes se la coltinent aussi.

Il ne faut pas le prendre pour un imbécile le bébé LM. Il est capable de savoir quand il a faim. Quand il a envie. Et de ne pas trop manger. Il est bien en phase avec son instinct. Mieux qu’un adulte et mieux qu’un bébé LA.

Je te préviens, contre celle-là, il faut vraiment t’armer. C’est dix fois par jour.

Le manque de lait est, dans quasi tous les cas, une légende urbaine. Le lait ne manque pas, par contre l’info… Un manque subi de lait, ça s’appelle un « pic de croissance ». D’un coup, bébé a besoin de plus de lait et ton sein doit s’y adapter. Pendant 2/3 jours, tu passes ta vie bébé au sein. Les deux se connectent, font leur petit bazar. Tout revient à la normale. Et c’est reparti, tranquilou, jusqu’au prochain pic.

« Allaitante un jour allaitante toujours. / Biberonnante un jour biberonnante toujours. »

Bien sûr que non. Et encore que, où serait le problème ? Référons-nous à des spécialistes, j’ai nommé Arnold et Willy : « Il faut de tout pour faire un monde. »

« Il y en a pour un, pas pour deux. »

Il y en a pour un, pas pour deux. 
Il y en a pour un, pas pour deux.

Alors. On peut allaiter enceinte. On peut allaiter des jumeaux. On peut allaiter deux enfants de deux âges différents en même temps. Le lait sera toujours adapté en priorité au plus jeune. Le sein donnera à l’un ce dont il a besoin et à l’autre ce dont lui a utilité. Il n’y a pas vraiment d’explications scientifiques pour expliquer comment l’enfant « commande » au sein ce qui lui est nécessaire, que des hypothèses.

Ma conclusion est que le corps est plus merveilleux qu’on veut le croire. Merveilleuse mère nature. Perfection de l’espèce qui s’adapte.

« Moi, je pourrais pas ! »

Tant mieux pour toi, l’alternative existe.

« T’es sûre ? »

Non, justement, on n’est jamais « vraiment sûre ». Et ce genre de question n’aide pas à la sérénité.

Ces exemples montrent qu’on en revient toujours au même constat : les mamans sont jugées. Toujours, sur tout. « Et pourquoi tu as fait des bébés si rapprochés ? », « Pourquoi tu as fait un enfant unique ? », « Pourquoi tu en as fait autant ? »…

Les « gens » n’y connaissent rien et donc s’étonnent constamment de tout. La clef, à mon sens, est de faire un choix indépendamment des avis inutiles, c’est-à-dire, des avis de ceux qui ne sont pas passés par-là.

Tu vas croiser, pendant ta grossesse et après, des tas de gens avec des réflexions bêtes et méchantes. Mais, je te le souhaite, tu croiseras aussi quelques ex-allaitantes au regard illuminé à l’évocation de leur allaitement. Elles te donneront l’envie d’essayer. L’envie de te connecter à ton corps, à ton instinct, à ta bestialité.

Dites nous ce que vous pensez en commentaire! Nous voulons vraiment lire vos messages.